Paul Meilhat : « la clé, c’est de penser différemment »

L’objectif est clairement d’être au départ en janvier prochain

Jusqu’au bout, il a jeté un coup d’œil aux voiles, vérifiant tout ce qui pouvait l’être, optimisant jusqu’à la fin ce bateau qu’il connaît tant. Paul Meilhat est devenu un acteur incontournable de The Ocean Race, vainqueur de la version Europe l’an dernier et désormais de l’Atlantic. Mais pour lui, ces deux courses sont autant d’étapes pour le mener à un objectif : The Ocean Race dont le départ aura lieu en janvier prochain. Il n’a pas oublié ça, dès son arrivée sur les pontons jeudi. S’il arborait une griffure au nez, la faute à une hélice de drone — « Je ne suis pas le meilleur pour les récupérer » —, c’est son sourire qui dominait, lui qui est si fier de cette belle aventure collective. Retour sur ses propos sur les pontons qui disent beaucoup du marin comblé qu’il est.

Quel regard portes-tu sur ta victoire ?

Paul Meilhat : Ce qui est important pour moi, ce n’est pas le résultat en soi mais la manière dont on le construit. Je préfère garder en mémoire tous les bons moments en voyant comment on pourra le répéter à l’avenir. Mais ce qui est génial, c’est que tout a bien fonctionné à bord.

Vous avez formé un équipage très soudé et solidaire jusqu’au bout…

C’est très important. J’aime bien créer cet esprit d’équipe où chacun apporte sa petite pierre à la réussite collective. J’ai appris à connaître Sara (Stone), qui a l’expérience des gros bateaux, lors du convoyage. Elle a découvert ce monde un peu curieux et s’est vite adaptée en naviguant très bien et en ayant les bons réflexes. Surtout, elle est toujours de très bonne humeur, c’est tellement important sur le bateau. Mariana (Lobato) et Benjamin (Ferré), je les connaissais bien déjà mais je sais qu’on a franchi un nouveau palier ensemble.

« J’y pense comme un entraîneur dans un sport collectif »

Ça montre aussi toutes les qualités de ton bateau, l’ex-Biotherm…

Oui pourtant, le bateau n’est pas de toute dernière génération et même si on a été rapides, nous avons connu des moments difficiles. Dans les grosses vagues, il n’est pas très rapide. On a d’ailleurs eu une nuit très dure, il y a trois jours, à cause d’une grosse houle et d’une mer croisée. En revanche, sur une mer plate, avec du vent médium ou fort, le bateau est très rapide. Et ça tombe bien, il y a beaucoup de courses qui se jouent finalement dans ces conditions. Il y a des courses qu’on ne pourra sans doute jamais gagner, mais il y a des courses qu’on peut gagner, c’est aussi ce qui est génial en IMOCA !

C’est donc la deuxième victoire de ce bateau à The Ocean Race, après celle à The Ocean Race Europe !

Oui, mais je ne suis pas sûr qu’on ait trouvé la solution pour gagner The Ocean Race ! On a gagné deux courses mais deux courses différentes. The Ocean Race (le tour du monde), ce sera un autre exercice. J’y pense comme un entraîneur dans un sport collectif en m’interrogeant sur tout ce qu’il faut mettre en place pour gagner. Le but de The Ocean Race Atlantic, c’était surtout de construire pour l’année prochaine. Et je suis persuadé qu’on va vivre encore de belles histoires avec ce bateau.

Quelle est la recette pour performer autant, est-ce qu’il y a une recette « Paul Meilhat » ?

Ce n’est pas facile d’y répondre… Je pense qu’une des clés, c’est de réfléchir différemment. The Ocean Race Europe, The Ocean Race Atlantic, ce sont des courses nouvelles donc on découvre tous la façon de les aborder, de les disputer, de les gagner. Par ailleurs, je crois qu’on a encore beaucoup à apprendre sur la façon de naviguer en équipage sur ces bateaux. J’essaie toujours de me poser le plus de questions possible pour savoir comment on peut progresser.

« Être au départ en janvier prochain »

Tu prends davantage de plaisir en équipage qu’en solitaire ?

C’est sûr que c’est un challenge que j’aime beaucoup. Après, je suis quelqu’un qui n’aime pas refaire tout le temps les mêmes défis. À titre d’exemple, j’ai participé à deux éditions du Vendée Globe et je sais que je ne disputerai pas le prochain. Avec The Ocean Race, le challenge, la réflexion et tout ce que ça implique m’intéressent beaucoup.

Justement, la suite, c’est The Ocean Race ?

L’objectif est clairement d’être au départ en janvier prochain. Nous allons essayer qu’Amélie Grassi puisse disputer des courses en solitaire : on essaie de lui trouver des sponsors pour le Vendée Globe 2028. Ça me permet de me concentrer sur le circuit équipage. Avec du recul, je me rends compte que c’est trop exigeant d’enchaîner les courses en équipage puis les courses en solitaire.

À l’arrivée de The Ocean Race Atlantic, les deux nouveaux bateaux (DMG MORI Global One et Team Malizia) ont terminé derrière deux bateaux de génération précédente (United by the Ocean et 11th Hour Racing). Comment l’analyses-tu ?

Je pense qu’il ne faut pas tirer de leçon trop vite et que ça va changer. On a pu constater que les bateaux neufs avaient beaucoup de potentiel… Je pense qu’ils vont finir plus de courses devant que derrière ! Je leur tire mon chapeau parce qu’ils ont réussi à traverser deux fois l’Atlantique quelques semaines après la mise à l’eau. Quand on sait la difficulté de les fiabiliser, terminer une transatlantique avec des conditions aussi dures, c’est impressionnant. Et on voit que leur niveau technique est déjà très élevé.

Tu as mis en place un système de sponsoring peu commun avec United by the Ocean…

L’idée, c’est de fédérer des entreprises sous une même bannière. On cherche à réunir des personnes de tous les horizons et du monde entier. C’est pour ça que c’est important que notre projet soit international avec la présence à bord de Mariana et de Sara pour intéresser aussi le Portugal et les États-Unis. On souhaite avoir un équipage avec de multiples nationalités différentes. Et avec les villes d’accueil, on pourrait même envisager de changer des équipiers qui viendraient aussi avec leurs sponsors. Nous avions déjà essayé ce modèle en 2023 mais c’était un début. Je crois beaucoup à ce modèle collaboratif.

Cette recherche de financement n’a pas forcément été facile pour toi ces derniers mois. En course au large, on doit passer par des moments très durs pour apprécier ce que tu vis actuellement ?

Oui, je pense que ces moments de « down » nous permettent de savourer encore plus quand on est sur l’eau et quand on vit des instants aussi intenses. C’est vrai que ça a été compliqué de mettre le bateau à l’eau et tout le monde s’est employé comme jamais, avec des délais compliqués. Mais quand on est arrivés à New York, on a tous retrouvé le sourire, ça ne laisse personne indifférent d’aller là-bas ! Et là, on gagne la course donc c’est encore mieux ! C’est ça la course au large : on met les mains dans la colle, la poussière et on travaille dur tout l’hiver. La récompense, c’est de faire des courses pendant l’été et de naviguer sans compter. C’est tout ce que j’aime !